HISTORIQUE DE L’ARCHITECTURE DU CASINO

 

La construction du casino a débuté en 1899, pour un budget de 350.000 francs de l’époque (qui correspondraient à 5 millions de francs actuels). Il a été dessiné par Emile Dussargue de Colombier.

Il a été inauguré le 16 juillet 1901. Le mot casino provient de l’italien « casa » (le premier casino a ouvert ses portes en 1626 à Venise) : les casini étaient des maisons de jeux et de mauvaises vies, les équivalents en France des tripots. Cette mauvaise réputation qui perdure encore de nos jours crée un tabou autour des établissements. Il est très difficile de trouver des archives sur le sujet.

Avant cette date, il existait une salle de jeux au 1er étage des thermes d’abord, puis une autre salle de jeux adossée à l’Hôtel Continental et qui servit de pavillon à l’Exposition Universelle de 1879. En effet, la révolution industrielle a ouvert les esprits : les campagnes sont victimes de désertion, la bourgeoisie se développe, et de nouveaux matériaux industriels apparaissent, notamment les grandes voies de communication nécessaires aux échanges (invention du téléphone en 1876). Cette ouverture offre une curiosité et une meilleure connaissance du monde, qui s’illustrent par les Expositions Universelles.

A cette époque, la station thermale de Châtel était à peine lancée. On avait découvert différentes sources sur la commune, dont l’eau avait des vertus purgatives, dépuratives, et laxatives. Châtel Guyon devient alors, à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, la ville de soin des affections digestives, gynécologiques, des troubles nerveux et des troubles du métabolisme. Avec les gros efforts de promotion et de publicité, la Société des Eaux Minérales réussit à attirer la haute société de l’époque. On construit l’Hôtel des Princes (= Splendid) à partir de 1878, pour accueillir la « jet society ». Cette population vient pour des besoins médicaux, mais sa fidélité est aussi liée aux divertissements proposés par la ville, d’où la nécessité de construire un Casino, puis un théâtre. (ex : Premier train reliant Paris à l’Auvergne : Paris-La Bourboule).

la boule au casino de chatel-guyon

Les loisirs et le luxe prennent une telle importance dans la station que Guy de Maupassant, qui fit plusieurs séjours à l’Hôtel des Princes, en 1883, 85 et 86, écrit dans « Mont-Oriol » : « C’est incroyable, ces villes d’eaux. Ce sont les seuls pays de féerie qui subsistent sur la terre ! En deux mois, il s’y passe plus de choses que dans le reste de l’univers durant le reste de l’année. On dirait vraiment que les sources ne sont pas minéralisées, mais ensorcelées. »

En 1901, le Casino ne possède que la salle des machines à sous actuelle. Le théâtre n’apparaît qu’en 1902. A cette date, c’est un coquet pavillon sans étages, en briques, fer et verre, aux couleurs claires.

casino de chatel-guyon

La révolution industrielle amène de nouveaux matériaux pour la construction, notamment grâce à la production industrielle de l’acier. La première Exposition Universelle a eu lieu en 1851 à Londres, au Crystal Palace (300 mètres de métal recouverts de panneaux de verre), sous l’appellation de « Première Exposition des œuvres de l’industrie de toutes les nations ». Vers 1867, débute sur le Champ de Mars à Paris la construction du Palais de l’Industrie tout en fer et en verre. En 1889, Gustave Eiffel érige sa célèbre tour en fer. Ces matériaux sont alors des symboles de la modernité. On les retrouve également dans la construction de la Gare de Châtel Guyon : La Mouniaude, qui accueille son premier train en 1912.

En 1908, le bâtiment est remanié et agrandi par Edouard Niermans, l’architecte du Casino de Paris, du Moulin Rouge, de l’Olympia ou de l’Hôtel Négresco à Nice. Il appose des balcons au théâtre, des moulures de stuc représentant des allégories des arts (violon, flûte de pan), et le masque de la Comédie sur le tympan de la scène (par opposition à celui de la Tragédie dans l’iconographie classique).

salle ambassadeur

Il ajoute également les salles arrière : la salle Baccara, appelée à l’époque « le Cercle des petits chevaux » (ce jeu est l’ancêtre de la Boule, variante des courses de chevaux), à laquelle était adossé un Salon de lecture, et la Salle des Ambassadeurs, dont le nom provient de la haute société qui peuplait à cette époque cette salle des fêtes.

On ne sait aujourd’hui à quel architecte nous devons la magnifique façade de style Louis XV, avec sa balconnade,  sa symétrie, ses arrondis, ses colonnes et chapiteaux de style néoclassique.

L’actuel Café Colonial était alors une terrasse couverte pour prendre les eaux les jours de pluie. La terrasse du Casino se situait en face du kiosque à musique, construit en 1907, toujours dans le but de divertir la population de curistes fortunés.  Jusqu’à nos jours, s’y produisent pendant la saison thermale de nombreux orchestres.

facade du casino de chatel-guyon

Les frises de style art déco du restaurant ont été réalisées seulement en 1925. On y retrouve cette ouverture sur le monde avec sa décoration exotique d’inspiration coloniale. Le style art déco, en réaction à l’art nouveau naturaliste et de « style nouille » (à cause de l’utilisation courante des arabesques), plus épuré, plus géométrique.

L’architecture du Casino et des bâtiments thermaux est empreinte d’éclectisme : mélange de différents styles ou époques de l’histoire de l’art (ici : inspirations byzantines, art deco, art nouveau, néoclassique et colonialiste).

Pendant la deuxième guerre mondiale, le théâtre est transformé en cinéma, puis il redevient théâtre à la Libération. Dans les années 50, il accueille de grands artistes, comme Jean Lefèvre, Line Renaud, ou Charles Trenet. Il existe toujours un panneau dans les étages où figure : « Loge des Sœurs Etienne », deux sœurs qui adaptent les standards du jazz américain en y ajoutant des paroles en Français.

C’est dans ces années que la station connaît son âge d’or , avec 75 hôtels et jusqu’à 23 000 curistes en 1967.